[CONGRÈS HLM] – D’un cap stratégique à la matérialisation des projets : l’URH Hauts-de-France accélère la décarbonation du logement social en faisant le pari du collectif

Publie le 16 octobre 2026

À l’occasion du 86e Congrès Hlm organisé par l’Union Sociale pour l’Habitat, qui s’est tenu à Bordeaux les 22, 23 et 24 septembre derniers, Simon Rambour, responsable du pôle Territoires et Transitions de l’URH Hauts-de-France, est intervenu dans la table ronde « L’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables : quel chemin entre la stratégie et l’opérationnel ? » animée par Stanislas GENTY, Senior manager à Colombus Consulting.

À ses côtés : Justine BAIN-THOUVEREZ, Avocate associée de LLC, Apolline FAURE, Responsable du pôle énergie et réseaux d’AMORCE et Michel GUENAIRE, Avocat associé du Cabinet Michel Guenaire.

Connaître le territoire avant d’agir

La transition énergétique du logement social entre dans une nouvelle phase. Si la rénovation énergétique demeure indispensable pour réduire les consommations, l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050 suppose également de transformer le mix énergétique, de développer la production locale d’énergie renouvelable et de mieux articuler les stratégies patrimoniales avec les ressources des territoires.

Afin d’accompagner les organismes Hlm dans leur stratégie de développement des énergies renouvelables, l’URH Hauts-de-France s’est saisie dès 2022 du sujet de la décarbonation du parc social. Elle a élaboré, avec plusieurs bureaux d’études, une trajectoire à l’horizon 2050 en lien avec la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone). Ces travaux ont permis d’objectiver, pour l’ensemble du parc social régional, les niveaux d’investissement, les trajectoires de rénovation, les implications pour les filières, les vecteurs énergétiques et le mix énergétique cible.

En effet, décarboner ne signifie pas seulement consommer moins : il faut aussi substituer progressivement aux énergies fossiles des solutions bas-carbone adaptées aux bâtiments et aux ressources locales. Le développement des énergies renouvelables constitue donc un levier incontournable pour atteindre les objectifs climatiques tout en préservant la soutenabilité économique des opérations.

Ces enjeux se posent tout particulièrement dans les Hauts-de-France, dont le parc social, composé de 600 000 logements, est atypique :
– Environ 3/4 des logements sont chauffés au gaz fossile (moins de 50% pour les autres parcs sociaux)
– Le parc compte près de 40 % de logements individuels (moins de 20% pour les autres parcs sociaux)
– Il est plus ancien que dans les autres régions
– Le bassin minier est particulièrement impacté car il cumule toutes ces caractéristiques.

Une étude pour dessiner la « géographie des possibles »

Pour accompagner cette évolution du mix énergétique et cette trajectoire, encore faut-il connaître précisément les ressources mobilisables et leur adéquation avec le patrimoine social régional. C’est tout l’objet de l’étude lancée par l’URH Hauts-de-France depuis juin, qui croise les caractéristiques des logements, les données de planification territoriale, les potentiels de production d’énergies renouvelables et les capacités des réseaux. Ce travail doit permettre d’identifier les solutions les plus pertinentes et les secteurs où leur déploiement serait possible.

Les résultats attendus doivent notamment permettre d’identifier des zones et des bâtiments propices au développement de différentes solutions : solaire photovoltaïque, raccordement à des réseaux de chaleur, recours à la géothermie ou valorisation d’autres ressources renouvelables et de récupération. L’ambition est de fournir aux organismes des outils d’aide à la décision pour orienter leurs stratégies patrimoniales, prioriser les investissements et faire émerger des projets réalistes.

Cette démarche repose sur une mobilisation collective associant bailleurs sociaux, énergéticiens, gestionnaires de réseaux et organismes experts du domaine de l’énergie. Le croisement de leurs connaissances est essentiel pour dépasser l’approche théorique du potentiel énergétique et tenir compte des contraintes réelles de chaque territoire.

Les résultats de cette étude viendront également nourrir une mise à jour de la trajectoire régionale de décarbonation en 2027. Celle-ci intégrera les nouvelles connaissances sur le potentiel des énergies renouvelables et la mise à jour des diagnostics de performance énergétique (DPE), afin d’affiner les scénarios et de mieux éclairer les décisions des organismes pour les prochaines années.

Le message est donc clair : il n’y aura pas de mono-solution. Solaire, réseaux de chaleur urbains, biomasse, géothermie : toutes les pistes sont étudiées. Ce potentiel théorique sera croisé avec les données patrimoniales des bailleurs pour dégager une « géographie des possibles « .

L’URH veut aussi favoriser les convergences entre bailleurs et avec les collectivités. Plutôt que de laisser chaque organisme bâtir sa stratégie de son côté, l’objectif est de mettre en cohérence les stratégies des bailleurs, les planifications des territoires et les acteurs de l’énergie, pour aller plus loin, plus vite et générer des économies d’échelle. La ligne directrice : « mieux connaître pour mieux cibler ».

PHARE : mutualiser pour massifier le solaire photovoltaïque et construire un modèle économique viable et reproductible

Autre temps fort de l’intervention : la dynamique PHARE (Photovoltaïque pour un Habitat Accessible et la Résilience Énergétique), lancée officiellement le 10 septembre 2026, démarche portée par Partenord Habitat, le CD2E et l’URH Hauts-de-France.

Elle répond à un constat. Avec ses 600 000 logements, la région dispose d’un potentiel de solarisation considérable. Mais entre potentiel théorique et passage à l’action, les bailleurs se heurtent à des freins techniques, économiques et juridiques, notamment sur la question de l’effet de masse et sur une potentielle exploitation à grande échelle.

Pour y apporter une réflexion et une réponse collective, l’URH Hauts-de-France s’est inspirée d’une initiative flamande, en Belgique, ASTER, où une quarantaine de bailleurs ont mutualisé leurs moyens, de l’identification du potentiel jusqu’à l’installation, la maintenance et la revente.

« Les cadres juridiques et techniques étant différents entre la Belgique et la France, plusieurs questions restent aujourd’hui à clarifier pour les bailleurs sociaux régionaux : sécurisation de l’équilibre économique, complexité des montages juridiques, contraintes techniques, organisation des opérations et modalités de valorisation de l’électricité produite ».

L’URH Hauts-de-France a donc souhaité, via PHARE, partir volontairement d’une « feuille blanche », avec des études externalisées sur les volets juridique, technique, économique et social. L’objectif est de trouver un modèle :
– économiquement viable,
– juridiquement sécurisé,
– reproductible,
– porteur d’une plus-value pour les locataires.

Les bailleurs ont répondu présent : un appel à manifestation d’intérêt a rejoindre et soutenir la dynamique a mobilisé 13 d’entre eux, représentant environ 350 000 logements.

« Il n’existe aujourd’hui ni modèle prédéfini ni ligne d’arrivée connue. L’URH ne souhaite pas partir d’une solution unique à déployer. L’objectif est de partir d’un potentiel et d’une ambition, et de déterminer collectivement à quelles conditions il est possible d’aboutir à un un modèle viable pour les bailleurs et utile pour les locataires ».

Les travaux pourront également identifier des freins, qui seront documentés afin de porter une action collective au niveau national, notamment via l’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables. Leurs enseignements pourront bénéficier aux bailleurs des autres régions.

Démontrer par l’exemple pour faire évoluer la règle

Dans la continuité de ces échanges, Simon RAMBOUR a rappelé la distinction obtenue par l’URH Hauts-de-France sur le gaz vert, dans le cadre de l’appel à projets « Logement social engagé gaz vert » lancé par GRDF. La démarche consistait à confronter la réglementation au terrain, puis à faire remonter les particularités et les enjeux des territoires.

La même logique guidera PHARE : démontrer par l’exemple, y compris par des expérimentations sur des territoires ou des opérations précises où l’on pourrait déroger à certaines règles, afin de faire évoluer le cadre.

Retrouvez l’ensemble de la conférence ici :

Faire de la coopération un levier de massification

Les échanges du Congrès Hlm ont rappelé plusieurs conditions de réussite : partir des réalités territoriales, mobiliser davantage les dispositifs existants (notamment l’autoconsommation collective) et construire des réponses communes aux difficultés rencontrées par les organismes.

À travers l’étude de potentiel EnR&R et la démarche PHARE, l’URH Hauts-de-France illustre cette volonté de relier la stratégie à l’action. La première vise à identifier les ressources et les opportunités énergétiques du territoire ; la seconde cherche à lever les freins au déploiement d’une solution concrète, le solaire photovoltaïque.

Ces deux démarches traduisent une même conviction : la transition énergétique du logement social ne pourra réussir sans une coopération renforcée entre bailleurs, acteurs de l’énergie et partenaires techniques. En mettant en commun les connaissances, les moyens et les retours d’expérience, les organismes pourront mieux sécuriser leurs choix patrimoniaux et accélérer le développement de solutions adaptées aux territoires des Hauts-de-France.

Rendez-vous l’année prochaine, au 87è Congrès Hlm, pour partager les avancées de ces travaux.

Contact : Simon RAMBOUR – Responsable du Pôle Territoires et Transitions – s.rambour@union-habitat.org