En Hauts-de-France, la question de l’eau est devenue un enjeu central de l’adaptation au changement climatique. Région particulièrement exposée aux aléas hydrauliques, elle cumule aujourd’hui des risques accrus d’inondations, de ruissellement et de remontées de nappes, dans un contexte de forte artificialisation des sols.
La récente étude menée par l’Union Régionale pour l’Habitat a permis d’objectiver cette vulnérabilité : près d’un logement social sur deux sera fortement ou très fortement exposé à un aléa inondation à l’horizon 2100, avec des impacts déjà perceptibles sur le bâti, les conditions de vie des habitants et les équilibres économiques des organismes.
Face à ces constats, la gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) apparaît comme un levier majeur pour transformer en profondeur les pratiques d’aménagement et de gestion du parc social.
Retrouvez ci-dessous l’interview croisée URH Hauts-de-France & Agence de l’eau Artois Picardie dans le dernier numéro du magazine EauMag 46 sur le sujet (page 56) !
La GIEP : un changement de paradigme au cœur de l’action
Longtemps considérée comme une contrainte, l’eau pluviale est aujourd’hui pensée comme une ressource à valoriser. La GIEP vise à gérer l’eau au plus près de là où elle tombe, en favorisant son infiltration, son stockage et sa réutilisation, plutôt que son évacuation rapide vers des réseaux souvent saturés.
Noues paysagères, jardins de pluie, revêtements perméables ou toitures végétalisées : ces solutions fondées sur la nature permettent à la fois de réduire le risque d’inondation, soulager les réseaux d’assainissement, recharger les nappes et améliorer le cadre de vie.
Au-delà des techniques, la GIEP constitue un véritable changement de regard : elle invite à reconnecter les projets urbains au cycle naturel de l’eau et à intégrer cette dimension dès la conception des opérations, notamment en réhabilitation.
Pour accompagner cette transformation, l’URH Hauts-de-France a engagé un partenariat opérationnel avec l’Agence de l’eau Artois-Picardie et la Banque des Territoires, visant à massifier le déploiement de la GIEP sur le parc social régional.
Ce partenariat se traduit concrètement par :
– des financements dédiés aux études et aux travaux (plusieurs millions d’euros mobilisés) ;
– un accompagnement technique renforcé, notamment via une assistance à maîtrise d’ouvrage hydraulique ;
– une animation régionale pour sensibiliser, former et outiller les bailleurs.
Dans ce cadre, une démarche innovante d’accompagnement est proposée aux bailleurs volontaires, avec l’appui du bureau d’études spécialisé BRL Ingénierie. Cet accompagnement permet de :
– réaliser un diagnostic hydraulique fin à l’échelle des sites
– identifier concrètement les opportunités de déconnexion et de désimperméabilisation
– co-construire des scénarios opérationnels intégrant la GIEP dans les opérations de réhabilitation
Pensée comme une démarche collective et progressive, cette approche vise à faire de la GIEP une “routine” intégrée aux projets des bailleurs, en capitalisant sur les retours d’expérience et en favorisant la montée en compétences des équipes.
Avec près de 600 000 logements sociaux, les bailleurs disposent d’un levier unique pour agir à grande échelle sur la gestion de l’eau en ville. Si de nombreuses opérations démontrent déjà la pertinence des solutions de gestion intégrée, l’enjeu est désormais de changer d’échelle.
C’est précisément l’ambition de l’étude régionale sur le potentiel de déconnexion des eaux pluviales lancée par l’URH Hauts-de-France : objectiver les marges de manœuvre à l’échelle de l’ensemble du parc, hiérarchiser les interventions, et outiller les bailleurs pour inscrire ces démarches dans des stratégies patrimoniales structurées et durables.
En articulant connaissance, accompagnement et planification opérationnelle, cette dynamique collective doit permettre de passer d’initiatives exemplaires à une transformation en profondeur du parc social, faisant de la GIEP un pilier de l’adaptation au changement climatique.
Contact : Simon RAMBOUR (Responsable du pôle Territoires et Transitions) – s.rambour@union-habitat.org