Vers une reprise des attributions
Alors que l’ensemble du territoire français subissait depuis plusieurs années une baisse constante des attributions, la reprise est enfin amorcée en Hauts-de-France avec une hausse de +6 % par rapport à 2024, soit + 2 522 attributions en région. Seul le département de l’Oise enregistre toujours une baisse.
Cette reprise a lieu sur une dizaine d’EPCI de la région. 20 communes représentent à elles seules 84% de la hausse régionale des attributions. Ces communes sont spécifiquement concernées par des livraisons d’opérations neuves, ce qui est une bonne chose pour les demandeurs de ces territoires.
On remarque une légère hausse des attributions en faveur de toutes les demandes (accès ou mutations), mais une diminution du nombre de relogements ANRU. Deux raisons peuvent l’expliquer : la fin progressive de projets de démolition dans le cadre de l’ANRU et, parfois, la difficulté à reloger certains ménages concernés (besoins en produits rares).
Enfin, concernant les demandes de mutation, le Pas-de-Calais est le département sur lequel les bailleurs sociaux consacrent la plus grande part de ses attributions au parcours résidentiel des locataires Hlm (soit 35 %). Pour rappel, 39% des demandes de logement social sont exprimées par des locataires déjà présents dans le parc social et qui sont en attente d’un logement mieux adapté à leurs besoins.
La tension entre offre et demande continue de se renforcer
Malgré cette hausse des attributions, il faut noter que le volume des attributions de 2025 reste inférieur à celui de 2021 (-7 %).
De plus, dans un contexte où l’augmentation de la demande ralentit légèrement, la pression continue de se renforcer, avec plus de 5 demandes par logement disponible en région (jusque 8 sur certains territoires). Cela s’explique notamment par une hausse des attributions qui peine à compenser l’évolution du stock de demandes. En Hauts-de-France, on compte 247 504 demandes pour 47 272 attributions à fin 2025. Le délai moyen d’attribution a ainsi été allongé à 15,7 mois en 2025 contre 14,6 mois en 2024. Ce chiffre s’élève à 23 mois sur la MEL et 26 mois sur l’EPCI de Creil, dans l’Oise.

Une pression ciblée sur certains types de produits
On constate, depuis plusieurs années, une hausse de la pression de la demande sur les très petites typologies (15 demandes pour 1 attribution sur les types 1) ou sur les très grandes typologies (T5 et plus). La production, à elle seule, ne peut résorber la pression sur ces produits. Un travail sur la mobilité dans le parc existant est aussi nécessaire (cf. grandes typologies), ce que les organismes HLM mettent en œuvre au travers de l’analyse de l’occupation du parc (volet « EOL » des CAL).

Sur les types de financements, le PLAI est un produit qui répond bien à la demande. Il permet de loger à des loyers très accessibles les ménages les plus modeste mais il reste sous-représenté dans la production. La raison ? Tout comme pour les logements aux petites typologies, il coûte plus cher au m² (rapport coût/loyer de sortie), rendant complexe sa production. Sans fonds gratuits d’un montant suffisant, sa programmation reste conditionnée à l’équilibre global de l’opération. Ainsi, c’est la production de logements financés en PLS ou même en LLI qui vient souvent soutenir le financement des logements en PLAI.
Un droit au logement défendu par les organismes mais qui reste difficile à mettre en œuvre
Un certain nombre de priorités sont définies par le législateur pour favoriser l’accès au logement des ménages exclus du marché du logement (notamment privé) au regard de leur situation (précarité économique ou résidentielle).
Ainsi, chaque organisme Hlm doit respecter plusieurs objectifs quantitatifs permettant de favoriser l’accès à un logement décent à des familles modestes : ménages en situation de mal logement, ménages très modestes (relevant du 1er quartile de ressources des demandeurs), ménages sortant de structures d’hébergement, victimes de violences intrafamiliales….
Si le nombre d’attributions à ces ménages ne cesse de progresser en volume, depuis la mise en place du premier plan logement d’abord, force est de constater que cela n’est pas toujours le cas en part. Cette année par exemple, la reprise des attributions a bénéficié, dans une moindre mesure, à ces ménages.
Plusieurs raisons peuvent l’expliquer :
1- Un manque d’offre disponible en volume : diminution progressive de la rotation dans le parc social, ralentissement de la production (tous types de logements confondus).
2- Une concentration de la demande sur les territoires les plus en tension : les ménages modestes ont davantage besoin d’accès aux transports (pour aller travailler) et aux aménités urbaines (modes de gardes, services…) parfois peu présents en périphérie des grandes villes.
3- Une difficulté à jongler avec l’ensemble des impératifs : répondre aux urgences, satisfaire les demandeurs de mutation ou encore solutionner des besoins très locaux (ex : réindustrialisation), tout en garantissant l’égalité des chances et l’équilibre d’occupation entre villes, quartiers et même résidences, sont autant de paramètres à prendre en compte.
4- Une demande de logement qui reste à qualifier collectivement : la demande étant déclarative et à 70% renseignée par le demandeur lui-même, le taux et la fiabilité des données renseignées rendent parfois difficile le rapprochement offre/demande. La contribution de tous les acteurs, guichets du SNE notamment, est essentielle pour favoriser l’accès au logement.
Pour soutenir l’activité des bailleurs, l’URH a récemment présenté son bilan des attributions 2025 lors du réseau Gestion Locative du 05/03/26 qui s’est tenu à Arras. Cette journée a été l’occasion de décrypter et d’échanger sur le bilan 2025 pour cibler les actions prioritaires en engager en 2026.
Contact : Séverine HANSER – Chargée de mission politiques sociales (s.hanser@union-habitat.org)